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L'alchimie du carbone

L’ALCHIMIE DU CARBONE


Les alchimistes reprennent du service.
Déjà les grandes cornues sont en chauffe. Il va falloir bien de l’énergie pour transmuter le carbone en argent, ce pâle substitut de l’or.
Comme nous ne sommes pas encore dans l’ère post technocratique, cette taxe carbone suscite des inquiétudes. Une nouvelle usine à gaz se profile à l’horizon pour définir, évaluer, contrôler, taxer les flux d’hydrocarbures et autres produits carbonés qui nous chauffent, nous meuvent, nous nourrissent, nous pourvoient en produits technologiques qui nous sont indispensables, surtout quand ils sont superflus.
Sur le papier et dans ses principes, la machinerie fonctionne à merveille. Les pollueurs seront les payeurs et la serre sera climatisée.
Mais le projet est assez singulier pour multiplier les interrogations.
On nous annonce qu’on va prélever de l’argent en n’y allant pas de main morte. Ça nous coupe le souffle mais nous avons eu d’autres apnées. La plupart d’entre-nous en sont sortis sans assistance respiratoire.
Dans le même temps on nous affirme que ce n’est pas un nouvel impôt. Ce n’est qu’un prélèvement obligatoire. Ouf ! Déjà on respire mieux.
La première question est de vocabulaire. La réponse est sans doute pathologique : en appelant un chat un chat on déclencherait des allergies.
La deuxième question est de logique. Pourquoi diable a-t-on voulu mélanger deux objectifs dans un même projet.
Un volet répressif est censé décourager la production des oxydes de carbone. Le problème sous-jacent est celui de l’assiette d’un impôt qui ne veut pas avouer son nom.
Un volet répartitif est censé redistribuer le produit de la collecte. Le problème sous jacent est celui de la louche avec laquelle sera faite la distribution sélective du potage.
Ouvrons les yeux sur le panorama de cette vallée de plaintes et de larmes.
Il n’est pas besoin d’être diplômé de l’Institut du pétrole pour savoir qu’il est dangereux de toucher à l’équilibre de la production, de l’emploi et de la tarification des hydrocarbures. Le citoyen moyen connaît la place du pétrole dans la fiscalité et se souvient que l’augmentation de son prix, il y a plus d’un tiers de siècle, a suffi pour plonger l’économie mondiale dans une crise dont elle ne s’est toujours pas dépêtrée.
La technocratie a quatre péchés mignons. Elle ne connaît pas le doute. Elle croit tenir seule les commandes. Elle néglige les réactions humaines. Elle passe à l’action sur la base d’études qui supposent que toutes choses resteront égales par ailleurs. La voir toucher à un château de cartes est un motif d’épouvante.
En toute logique, l’ampleur et l’acuité du problème énergétique voudraient que les sommes prélevées soient consacrées au développement des énergies du futur.
Eh bien non ! Dans le deuxième volet de ce projet à double détente, on nous promet que l’argent ainsi prélevé sera intégralement restitué. On veut ménager les entreprises et laisser aux ménages assez de ressources pour ne pas grever leurs… entreprises.
Les technocrates dans leurs œuvres risquent de polluer d’une main ce qu’ils auront dépollué de l’autre. Et les bonnes intentions vont se perdre dans le magma de la fiscalité.
Pendant qu’ils tiennent le filon énergétique, les fiscalistes sont tentés de l’exploiter jusqu’au bout en taxant l’électricité qui ne doit pas grand-chose au carbone.
Pour sauver la face et ses objectifs, la technocratie s’immiscera toujours plus dans la vie des individus, des ménages, des entreprises pour leur dire où sont le bien et le mal, pour leur dicter leurs dépenses.
Comme presque toujours l’idée vient, à ceux qui sont en charge de nos affaires, de transformer les déblais en remblais, de creuser des trous pour en boucher d’autres.
L’interdépendance des projets multiplie les risques de blocage On voit mal comment pourront se pérenniser des ressources économiques et sociales en les fondant sur des prélèvements assis sur des formules qui multiplient et entremêlent les objectifs.
Arrière les alchimistes ! Laissez passer la science !

Pierre Auguste

Le 5 août 2009



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