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Air du temps fiscal

 

AIR DU TEMPS FISCAL

Les frimas économiques sont toujours là en ce mois de « mars qui rit malgré les averses et prépare en secret le printemps ».

Le FMI annonce le redoux. La Grèce est autorisée à reprendre ses habitudes et sans doute ses aises. C’est une longue tradition patronnée par Périclès, dont l’un des proches fut accusé du détournement de l'or destiné à la statue d'Athéna.

Chez-nous, les avalanches de promesses font rage sous les auspices du père Noël qui, en sous-main, tient toujours les rênes du traîneau de l’état.

Les meetinges tournants métropolitains et circonvoisins nous donnent le tournis. Ce sont un cinéma permanent, des sagas audiovisuelles, des téléréalités, qui dépassent en suspens et en confusion tout ce que l’entertainment hollywoodien sait produire.

La nuée des candidats en campagne nourrit l’électeur de l’infinie diversité des dithyrambes ou critiques, des vœux pieux ou inavouables, des propositions ou intentions plus ou moins lointaines, plus ou moins dissimulées, plus ou moins explicites

En matière d’économie, de finances, de budget et de fiscalité, nous avions déjà bien du mal à appréhender l’existant. Les experts y perdaient leur latin…et leur grec. Les prévisionnistes s’appliquaient à décrire ce qu’ils voyaient dans leur rétroviseur. Les politiques n’avaient pas assez de mots pour expliquer leur amblyopie, justifier leurs imprévisions, reporter sur autrui leurs responsabilités par un intense travail de réflexion.

Pendant la campagne, l’action politique continue. La réalité et la fiction s’y interpénètrent. Le citoyen doit accepter tout en bloc ou tenter de démêler l’entrelacs du faux et du vrai, de l’existant et du futur, de l’éventuel et du conditionnel, du proche et du lointain, des annonces et des dissimulations.

Avec le nouveau quinquennat, comme toujours rien ne sera plus comme avant.

En démocratie, dettes et déficits sont en quelque sorte le solde des promesses et des espérances. Faire des économies et réduire les impôts c’est se priver de moyens d’action et d’éléments de confort. Ne pas faire de promesses c’est se fermer l’accès au pouvoir.

Va donc pour les promesses ! L’avenir dira celles qui auront été tenues. Les esprits chagrins les pleureront toutes. Le paradis ne peut contenter tout le monde. Et comme disait un chroniqueur, « rien ne saurait contenter à la fois le chasseur et le canard sauvage. » (Alexandre Vialatte 1901-1971 ; Chroniques de La Montagne ; Chronique de l’impossible contentement ; Robert Laffont, tome 1 Page 535.)

Les économies envisageables se dérobent et s’évanouissent. Les impôts s’imposent et s’épanouissent. Leur nomenclature devrait être stable pour ne pas désorienter le chasseur et effrayer le volatile. Mais tout bouge sur les lignes de mire.

Déclarer qu’on va supprimer des impôts et qu’il n’y en aura pas de nouveaux n’interdit pas de changer d’assiette, de modifier des appellations, de faire des regroupements, de baisser des seuils, d’augmenter des taux. L’entropie fiscale ne peut qu’augmenter.

C’est d’une singulière logique de dénier que la suppression de niches soit une augmentation d’impôts. C’est oublier qu’il s’agissait, pour la plupart d’entre elles, de corriger d’injustes barèmes, de relancer l’économie et l’emploi par des mesures incitatives. Nul ne peut prévoir ce qui subsistera de l’ancien « status » ni ce qu’il adviendra de nouveau. Malgré notre « désir si vif et si inutile de connaître l'avenir qui donna naissance aux oracles des païens. » Jean le Rond d'Alembert. (1717-783)
L’intercession avec les puissances célestes et zodiacales d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle des pythonisses. La médiumnité va devenir un critère de sélection…

Le grand éclaireur national vient de découvrir que les très grandes entreprises ne paient pas d’impôts dans le pays des lumières. Depuis longtemps, les petites entreprises le criaient sur tous les tons et sur tous les toits. Elles sont éblouies par cette révélation. Les voilà éclairées sur un fait scientifique majeur: certains messages des lampistes, que sont les experts et les membres des cabinets, se propagent moins vite que la lumière.

De quelque bord politique qu’ils soient, les cerbères se gardent de médire des grandes sinécures dans l’une desquelles ils espèrent trouver un jour… pantoufle à leur pied.

Pierre Auguste

Le 14 mars 2012



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