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À chacun sa lorgnette

À chacun sa lorgnette.

 

Il flotte dans l'air du temps comme un parfum d'incertitude. Qu'il soit politicien, chef d'entreprise, travailleur indépendant, fonctionnaire, enseignant ou simple citoyen, chacun se demandeà quelle sauce il va être mangé aujourd'hui. Et il cherche ce qu'il doit faire faire à autrui pour avoir demain quelque chose à se mettre sous la dent qui lui restera.

Par l'inertie des choses, tous en masse, y compris les jeunes gens, nous oublions nos responsabilités et battons en retraite. En notre « cher vieux pays », dès la sortie du berceau nous pensons à la retraite et à la pension comme si nous étions déjà tous perclus par le grand âge.

En observant mes compatriotes, il me revient à l'esprit cette histoire qui figurait dans les programmes de lecture de mon école primaire des années trente. C'était en ces temps ringards et révolus où chaque journée de travail commençait par une leçon de morale. « Patoche » s'était inventé une « maladie des doigts écartés » pour se disculper de sa faible ardeur au travail. (Ernest Pérochon. Les contes des cent un matins).

Frère humain, plus qu'hier et bien moins que demain, ton avenir est entre tes mains. Il vaudrait mieux que tu comptes plus sur toi que sur les autres pour le construire. Je crains d'être seul à oser te le dire.

Le corps social en son entier devrait admette cette évidence selon laquelle le repos, les loisirs, la retraite et quelques autres farnientes ne doivent guère leur existence qu'à des surplus de l'économie marchande.

Il lui faudrait aussi se garder de suivre ces bons esprits et ces mauvaises langues qui auraient voulu que l'on assimilât tous les services publics à des sinécures qui d'ailleurs ne sont pas toutes statutaires.

Le monde évolue vite. Que l'on s'en réjouisse ou le déplore la politique subit le triumvirat de l'humeur publique, de la technique et de la finance. En ce qu'il reste de notre démocratie, on ne sait plus qui commande. Les plus nombreux se croient les plus intelligents. Les plus criants et les plus malfaisants sont les plus influents à court terme. Les pus intelligents préparent leur heure et leur fortune dans la discrétion.

La subversion et l'obsolescence frappent ou menacent les partis, les esprits, les objets, les outils, les acquis. En moins de trente-cinq ans, la cinquième république a vu passer quatre générations politiques, en partie entichées de marxisme, dépassées par les affaire courantes et oublieuses des attentes du citoyen. Et voilà que va déferler la cinquième génération d'Internet embringuée dans la mobilité et avide des détails de la vie du citoyen qui se sent menacé de servitude.

Qu'il soit automobile ou politique l'auto-pilotage fiable n'est pas de tout repos. Il allonge déjà la file d'attente du droit.

Il faut raison recouvrer et réalisme entretenir à tous les niveaux de la société.

 Les enfants en bas âge ne peuvent être consultés sur l'enseignement essentiel de l'école maternelle ni sur les fameux fondamentaux de l'école primaire.

Les jeunes gens ne sont pas encore qualifiés pour prévoir l'avenir des activités économiques et des emplois qui leur seront attachés. Ils n'ont pas des idées très précises de leurs attentes ni des possibilités qui leur seront offertes.

Exceptées quelques vocations précoces, peu à peu naissent les intentions et prennent sens les orientations. Les clairs-obscurs des options et des orientations sont toujours un peu mâtinés de sélection. Les manœuvres relatives aux choix postérieurs au baccalauréat, montrent la complexité de la prévision et la difficulté pour chaque individu de prendre un bon départ.

Quels seront les besoins vitaux ? Quels biens et services faudra-t-il produire ? Quels seront les engouements ? Quelles techniques faudra-t-il maîtriser ? Nul ne sait dire les exigences futures. Certains veulent une économie expansive, d'autres la voudraient récessive.

Les embarras des situations individuelles prédéterminent déjà les positions collectives des diverses institutions et organisations impliquées ou associées au traitement du problème des finalités, du contenu et de l'exécution des enseignements.

Les organisations estudiantines militent pour le bannissement de la sélection.Les employeurs attendent que le système d'enseignement leur apporte en temps opportun, en quantités non prévisibles, des personnels prêts à l'emploi en toutes spécialités qui leur seront nécessaires et que, dans un monde évolutif, concurrentiel et belliqueux, personne n'est en mesure de prévoir.

L'enseignement institutionnel est plutôt porté à développer des troncs communs et à réduire le nombre des options et spécialités coûteuses en personnels et en moyens matériels de toutes sortes. Chaque enseignant rêve en secret de n'enseigner que des élèves sélectionnés et déjà instruits.

C'est à chaque individu de chausser sa lorgnette et de scruter l'horizon.Tous ensemble ouais ! Il y verront les financiers et fiscalistes d'état veiller sur la cassette... et la remplir de dettes.

L'avenir appartient à Galilée, à Nostradamus, à Harpagon... et à Machiavel. Selon ce conseiller des princes la Fortune « n'aime pas se prodiguer trop longtemps à ceux qu'elle favorise, ni laisser pour toujours les victimes au plus bas de sa roue » et déclare que « Jupiter lui-même redoute son pouvoir. »

(Machiavel ; Capitolo de la Fortune)

 

Pierre Auguste

Le 12 février 2020

 

 

 



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